Parler avec Rocío Nicasio, c’est aussi un peu parler avec une partie de la musique afro-péruvienne, voire afro-latine. Issue d’une famille de musiciens, dont certains vinrent de Cuba, elle a développé dès son plus jeune âge une aptitude à jouer les percussions à peau, comme la conga mais aussi le fameux cajón, ainsi que le zapateo, la danse et le chant. Après avoir dirigé des ateliers, donné des cours, et avoir participé à diffuser et promouvoir le patrimoine culturel afro-péruvien, elle a reçu des mains du ministère de la culture un prix reconnaissant son œuvre et son apport culturel.

Bonjour, je m’appelle Rocío Graciela Nicacio Aván. Je suis de Lima. J’ai une famille assez nombreuse, et je viens d’une famille de musiciens. Du côté de ma mère, mon grand-père était guitariste et compositeur. Du côté de mon père, mon grand-père était aussi musicien. Et de génération en génération, mon père était musicien, mon frère aussi. Dans la famille, il y a surtout des musiciens percussionnistes. Presque toute la famille : deux de mes sœurs sont danseuses professionnelles, et moi, je me consacre à la musique, je fais de la percussion et aussi de la danse.

Dès mon plus jeune âge, j’écoutais, j’aimais toujours les sons des tambours. À trois ans, je sortais le cajón de ma petite table de chevet, je le retournais, je vidais tout ce qui y était rangé et je me mettais à jouer sur ce cajón. Mon père est musicien, il s’entraînait, et je l’accompagnais, je l’écoutais toujours, et ça restait gravé en moi. En fait, je suis autodidacte, je ne suis jamais allée dans une école pour apprendre la percussion. Aujourd’hui, je joue professionnellement du cajón, des bongos, des congas. J’ai joué dans un orchestre qui s’appelait Las Hechiceras de la Salsa. Avant cela, j’ai joué dans un groupe criollo : Ambiente Criollo, de la musique purement criolla, et j’y jouais de la percussion.

J’ai fait aussi partie d’un orchestre qui s’appelle Latin Women. J’y jouais des congas. Nous faisions de la salsa dura. Nous ne faisions pas de timba, ni de salsa cubaine, rien de tout ça. Nous jouions de la salsa dura, celle qu’on entend habituellement chez Oscar de León, Willy Colón, ces grands de la salsa, Cheo Feliciano. Il existe des orchestres qu’on appelle orchestres de salsa de femmes, mais en général, seules les chanteuses sont des femmes. Dans notre cas, l’orchestre est composé entièrement de femmes : si on parle des cuivres, de la percussion, du piano, de la basse, tout ce qu’il faut pour un orchestre de salsa, nous sommes toutes des femmes, y compris les chanteuses. On ne trouve pas d’orchestre entièrement féminin, il n’y en a pas, seulement les chanteuses, mais le reste sont des hommes. Au Pérou, il n’y en a pas, et nous sommes le seul orchestre à jouer actuellement de la salsa dura. Moi, je joue des congas dans cet orchestre, je ne joue pas de cajón, nous n’utilisons pas le cajón. Nous avons enregistré un morceau fusionnant Michael Jackson, Thriller. Nous l’avons appelé « Thriller criollo » et nous avons mélangé de la salsa avec de la musique afro-péruvienne. Nous l’avons fait pour Halloween et j’ai enregistré presque toute la percussion sur ce disque.

Je joue aussi dans un groupe criollo, également composé uniquement de femmes. Le groupe s’appelle Ambiente Criollo. On y trouve la basse, le piano, la guitare, la première guitare, la percussion – dans ce cas, le cajón, le bongo, les congas – et les voix. Il y a une voix principale, des chœurs, et tout est joué par des femmes. Nous avons enregistré un album qui s’appelle « Herencias: Mujeres Compositoras en la Historia de la Música Criolla » (« Héritages : femmes compositrices dans l’histoire de la musique créole ») en forme d’hommage aux grandes compositrices péruviennes, et qui se trouve sur toutes les plateformes digitales et sur Youtube. Nous avons aussi un nouveau morceau qui s’appelle « Criollas » avec un vidéo-clip.

Pour le troisième projet, c’est encore en suspens. Mais j’ai prévu, par exemple, de donner des ateliers de percussion et de zapateo criollo, car je pratique aussi le zapateo criollo. En fait, je fais un peu de tout : un peu de zapateo, de la percussion, du chant, des chœurs, parfois je chante aussi des morceaux. J’ai une préférence pour le cajón et j’aime beaucoup aussi le bongo.