Sonidos Enraizados est un label discographique spécialisé dans les musiques locales, ethniques et paysannes, ce que l’on appelle plus communément les musiques folkloriques, traditionnelles ou régionales. C’est pourquoi, on peut y écouter du bullerengue de la côte caribéenne autant que du currulao du Pacifique et des sons de marimba, de la chirimía du Chocó, de la gaita ou de la cumbia de Montes de María.
Le label publie des disques bien particuliers, des musiques qui se nourrissent de génération en génération par des rivières ou des forêts, et permet de faire circuler les artistes de leur communauté à un niveau national et international. Lucía Ibáñez nous raconte la partie créative de ce label.
(Podcast en espagnol)

Je m’appelle Lucía Ibáñez, je suis en charge de la coordination et de la direction du label discographique et de l’agence et plateforme culturelle Sonidos Enraizados.
Sonidos Enraizados a commencé comme un label discographique à partir des enregistrements que nous réalisons, qui sont des enregistrements très particuliers. Nous nous sommes concentrés sur les enregistrements professionnels, sur le terrain, de musiciens qui n’ont pas eu une participation très active dans ce que nous appelons l’industrie musicale, mais qui jouent des musiques locales qui réalisent une connexion entre les communautés, entre les gens et leurs territoires, ce sont donc des musiques qui sont des pratiques culturelles.
Notre approche est principalement documentaire, car nous pensons qu’en racontant ces histoires, nous pouvons faire en sorte que plus de gens tombent amoureux de ces projets et de ces sons. Et cela est lié à un autre sujet qui est très important pour nous, c’est que nous pensons aussi que nous devons décoloniser nos goûts et commencer à nous rappeler que l’amer est savoureux, que la terre n’est pas sale, que toutes ces choses racontent aussi une autre histoire, et une autre histoire est un autre son.
Nous avons enregistré Paíto y los Gaiteros de Punta Brava, nous avons enregistré Carmelo Torres y su Cumbia Sabanera, qui sont, disons, des représentants des Caraïbes colombiennes, des musiques des Montes de María, mais nous avons aussi enregistré, par exemple, la Chirimía du río Napi, musique de flûtes traversières, de la lisière de la forêt en Colombie, entre les montagnes et la partie plate de la côte Pacifique, un peu plus à l’intérieur du littoral, et c’est des flûtes traversières, de la musique d’eau douce. Un autre panorama, un contexte complètement différent des musiques du littoral, dans le même Cauca, c’est un endroit auquel on arrive par le río Guapi, mais six heures en amont.

Nous avons également enregistré Perlas del Pacífico, qui est le seul groupe de marimba que nous ayons enregistré. Nous avons choisi ce groupe, ou plutôt nous sommes tombés amoureux de ce groupe, parce qu’ils jouent des styles de musique qui ont changé, qui ont muté très rapidement, notamment le bambuco viejo, c’est un style de musique qui a cessé d’être joué pendant longtemps et qui a beaucoup changé dans sa façon d’être joué, lors de la rencontre avec d’autres musiciens d’autres régions. Ils sont de Tumaco, mais ils viennent de différentes rivières qui arrivent à Tumaco, du río Mira, du río Gualajo, du río Chagüí, ils vivent dans des quartiers très marginaux à Tumaco, où persiste, disons, la vie rurale, mais dans le cadre d’une ville aussi particulière et conflictuelle que Tumaco. C’est un groupe très particulier, des gens très spéciaux de Tumaco, des gens qui, il y a encore très peu de temps, ne se voyaient pas eux-mêmes, ne se concevaient pas comme des artistes, mais qui sont des artistes d’une communauté et qui sont des artistes dans le cadre de leur communauté, dans le cadre de leurs célébrations, ce qui les rend différents.

Nous avons aussi publié le deuxième album d’Emilsen Pacheco et son bullerengue traditionnel de San Juan de Urabá, avec qui nous avons une histoire merveilleuse, parce qu’il est notre « maître ». Tous ceux qui ont travaillé chez Sonidos Enraizados sont passés par l’école de Emilsen Pacheco. La façon dont nous avons abordé ces musiques dès le début, c’était parce que nous voulions les apprendre et que nous étions amoureux de ces musiques, alors nous sommes allés sur le territoire principalement pour comprendre comment cela fonctionnait, comment cela se jouait, dans quel contexte cela se jouait.
Nous nous sommes donc rendu compte dès le début que pour pouvoir apprendre ces musiques, nous devions nous imprégner de ce contexte et nous mélanger aux gens, ce qui a fait que nous avons une relation très forte avec les territoires. Emilsen en est un exemple particulier. Comme je vous le dis, il est notre maître de tambour, de danse, de chant, mais aussi de vie, de comment faire une famille, de comment vivre avec les gens, de comment s’entendre. C’est notre maître.
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